Sur les hauteurs escarpées de Béjaïa, à l’est de la Kabylie, s’étend un trésor naturel à la beauté sauvage et apaisante : le Parc National de Gouraya. Classé Réserve de Biosphère par l’UNESCO, ce parc s’étend sur plus de 2 000 hectares, entre maquis méditerranéen, falaises abruptes, forêts, sentiers escarpés et vues vertigineuses sur la mer. Lieu de refuge pour le célèbre macaque de Barbarie, de promenade pour les amoureux de la nature, et d’émerveillement pour ceux qui cherchent à fuir la chaleur estivale, Gouraya est bien plus qu’un simple parc : c’est un monde suspendu entre le bleu et le vert, entre la mer et les cimes.
Le Pic des Singes : entre légende, panorama et vie sauvage
Parmi les sommets emblématiques du parc, le Pic des Singes se distingue à la fois par sa hauteur (660 mètres) et par le spectacle qu’il offre aux randonneurs. Du haut de cet éperon rocheux, la vue sur la baie de Béjaïa est absolument saisissante : le port, les criques, la ville lovée au creux de la montagne, et la Méditerranée qui s’étire à perte de vue.
Mais ce qui fait la singularité de ce pic, c’est sans aucun doute la présence des fameux « motos berbères », ou macaques de Barbarie. Ces singes, emblèmes de la région, vivent ici en semi-liberté, parfaitement acclimatés aux visiteurs qu’ils croisent régulièrement. Curieux, joueurs, parfois téméraires, ils n’hésitent pas à s’approcher des randonneurs en quête de nourriture.
Observer ces macaques dans leur environnement naturel, sans grillage ni cage, constitue une expérience rare, aussi touchante qu’instructive. On assiste à leurs jeux, à leurs interactions sociales, à leurs sauts audacieux entre les rochers. Le Pic des Singes est ainsi l’un des rares lieux du bassin méditerranéen où l’on peut observer cette espèce menacée en liberté, dans un cadre protégé et surveillé.
Cap Carbon : une falaise vertigineuse sur la Méditerranée
Un peu plus au nord, une route sinueuse mène à un autre site remarquable du parc : le Cap Carbon, célèbre pour abriter l’un des phares les plus hauts du monde en falaise maritime, perché à 220 mètres au-dessus du niveau de la mer.
La route qui y conduit serpente à flanc de montagne, traversant des forêts de pins et de chênes verts, et offre des points de vue à couper le souffle. L’arrivée au Cap Carbon est spectaculaire : on découvre un promontoire rocheux qui semble plonger à pic dans la mer, et dont la blancheur des roches contraste avec l’azur profond de la Méditerranée.
De là, le regard embrasse la courbe parfaite de la baie de Béjaïa, la chaîne montagneuse en arrière-plan, et parfois même, par temps clair, les contours d’Alger ou les côtes de Jijel. Le site est souvent balayé par une brise fraîche, et constitue un refuge climatique naturel en été, particulièrement apprécié des habitants de Béjaïa.
Ce lieu, à la fois sauvage et accessible, est aussi un refuge pour les oiseaux marins, comme le faucon pèlerin, le goéland leucophée ou encore le puffin cendré, que l’on peut observer depuis les falaises.
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Un refuge de fraîcheur en été : la montagne contre la canicule
L’un des atouts majeurs du Parc de Gouraya, notamment pour les habitants de Béjaïa et des environs, est qu’il constitue un véritable îlot de fraîcheur pendant les périodes de canicule. Lorsque la ville s’échauffe et que la chaleur s’empare du littoral, les hauteurs du parc offrent une alternative apaisante, entre zones ombragées, courants d’air marins et sous-bois denses.
Le matin, les sentiers du parc sont prisés par les promeneurs et les familles qui profitent des températures plus clémentes, de l’air pur, et du silence ponctué seulement par le chant des cigales et le cri des mouettes. Certains viennent même y pique-niquer à l’ombre des oliviers sauvages, ou s’installer sur un muret pour contempler le lever du soleil sur la Méditerranée.
Les amoureux d’herboristerie et de botanique y trouvent également leur bonheur : la flore du parc est typiquement méditerranéenne, mêlant genévriers, lentisques, lavandes, pins d’Alep et thym sauvage.
Une cohabitation douce entre l’homme et l’animal
Le Parc de Gouraya est l’un des rares espaces protégés où l’équilibre entre la nature et la présence humaine reste encore préservé. Les singes s’approchent sans crainte, les randonneurs respectent les consignes, et les gardes forestiers veillent avec pédagogie à la protection du site. Ce parc est un modèle de gestion douce de la biodiversité, favorisant la cohabitation entre l’humain et le sauvage.
Il n’est pas rare de voir des familles entières de macaques descendre les pentes boisées jusqu’aux abords des sentiers, voire jusqu’à la route qui mène au Cap Carbon, à la grande joie des visiteurs. Cette proximité n’est possible que parce que les comportements des touristes sont globalement respectueux, et que le parc bénéficie d’une attention constante des autorités locales.
Activités et accès : un site ouvert, vivant, dynamique
Le Parc National de Gouraya est ouvert toute l’année, mais le printemps et l’été sont les saisons les plus prisées pour en profiter. De nombreux sentiers balisés permettent de découvrir le parc à pied, en VTT, ou parfois à cheval. Des aires de repos, des bancs, et des belvédères sécurisés sont aménagés tout au long du parcours.
On peut y accéder facilement en voiture depuis le centre-ville de Béjaïa, ou en transport collectif jusqu’à certaines entrées. Le parc est gratuit, ce qui le rend accessible à tous, et des guides locaux peuvent être sollicités pour des explications géologiques, historiques ou naturalistes plus poussées.
En parallèle, des actions de sensibilisation à l’environnement sont régulièrement organisées pour les scolaires et les habitants, dans une volonté de transmission des savoirs liés à la nature kabyle.
Un trésor naturel et culturel pour la Kabylie
Le Parc National de Gouraya ne se résume pas à une suite de points de vue spectaculaires. Il est le poumon vert de Béjaïa, un lieu où la culture berbère, la biodiversité méditerranéenne et le respect des éléments se rencontrent. L’identité kabyle s’y exprime dans la relation intime entre l’homme et la montagne, entre la mer et la mémoire.
En gravissant les sentiers du Pic des Singes, en admirant la baie depuis le Cap Carbon, ou en croisant le regard vif d’un macaque sauvage, le visiteur comprend qu’il ne s’agit pas seulement d’un parc. Il entre dans un monde vivant, fragile, et profondément enraciné dans l’histoire et l’âme de la Kabylie.



